À l’approche du Festival International Sasa Tshokwe, FISAT 2026, annoncé comme un grand rendez-vous culturel, économique et citoyen à Kolwezi, la rédaction de AlauneRDC s’est entretenue avec Malix Upit, président du comité d’organisation. Au cœur de cet échange : la valorisation de la culture Tshokwe, la promotion de l’agriculture et de l’entrepreneuriat local, la transmission du patrimoine aux jeunes, mais également la mémoire et la solidarité à travers l’axe GÉNOCOST.
Le FISAT est porté par Tu KASKEN Kanawa, une ASBL dont l’objectif est de promouvoir la culture et l’agriculture comme alternatives économiques à l’industrie minière dans le Lualaba. L’association porte ce projet en collaboration avec Republik Ville et Ink Brother.
Avec une ambition annoncée de réunir plus de 10 000 festivaliers par jour, le festival entend dépasser le simple cadre du divertissement pour devenir un véritable instrument d’attractivité et de développement pour la province.
« Faire du FISAT le plus grand rendez-vous socio-culturel et économique du Lualaba »
Pour Malix Upit, le point de départ du projet est une volonté de changer le regard porté sur le Lualaba.
« Le Lualaba est mondialement connu pour ses richesses minières, mais sa véritable plus-value durable réside dans son capital humain, sa jeunesse et son patrimoine culturel », explique-t-il.
Le président du comité d’organisation ambitionne ainsi de faire du FISAT, à long terme, un rendez-vous culturel et économique majeur de la province, capable de contribuer à la structuration des Industries culturelles et créatives (ICC).
L’objectif est également de donner une visibilité aux différentes expressions culturelles du Grand Katanga et de positionner Kolwezi comme un carrefour culturel international.
Pour la culture Tshokwe, le festival se veut avant tout un espace de célébration et de réappropriation identitaire. « Nos traditions ne sont pas figées dans le passé : elles sont vivantes, modernes et porteuses d’avenir », soutient Malix Upit.

La rencontre entre tradition et modernité pour séduire la jeunesse
L’un des défis majeurs du FISAT est celui de la transmission du patrimoine culturel aux nouvelles générations.
Pour y parvenir, les organisateurs misent sur un dialogue entre les expressions traditionnelles et la création contemporaine. Le festival prévoit notamment de réunir des gardiens des traditions issus de plusieurs territoires du Lualaba, notamment Kasaji, Sandoa, Dilolo, Kapanga et Mutshatsha, aux côtés d’artistes urbains et de têtes d’affiche nationales et internationales, dont les noms doivent être dévoilés lors de la publication officielle du programme.
Cette approche constitue, selon Malix Upit, une véritable « rencontre des générations ».
L’idée est simple : attirer la jeunesse grâce aux artistes contemporains tout en lui permettant de découvrir, dans le même espace, la richesse des danses ancestrales, des rythmes traditionnels et des masques Mukishi.
Au-delà de la scène, le FISAT veut également s’appuyer sur la documentation, les médias et les outils numériques pour assurer le rayonnement de ce patrimoine au-delà des frontières de la RDC.
« En invitant des artistes de renommée panafricaine et internationale, nous créons un pont culturel », souligne le président du comité d’organisation. Cette dynamique doit permettre de promouvoir non seulement la culture Tshokwe, mais aussi les autres patrimoines du Lualaba, notamment les cultures Lunda, Ndembo, Luvale et autres composantes culturelles de la province.
Le Village de l’Entrepreneuriat, une alternative à la dépendance minière
L’autre particularité du FISAT réside dans son Village de l’Entrepreneuriat, qui doit réunir PME, artisans, producteurs agricoles et différents acteurs de l’économie locale.
Pour les organisateurs, cette composante économique est essentielle. Elle traduit concrètement la philosophie de Tu KASKEN Kanawa : faire de la culture, de l’agriculture et de l’entrepreneuriat des leviers de diversification économique du Lualaba.
« Notre objectif est d’offrir une alternative économique concrète à la dépendance au secteur minier, en mettant en lumière l’agriculture, l’artisanat et l’agrobusiness », affirme Malix Upit.
Le Village devrait notamment offrir aux jeunes entrepreneurs, aux coopératives et aux femmes rurales une occasion de présenter et commercialiser leurs produits, tout en recherchant de nouveaux partenariats.
Avec une fréquentation pouvant atteindre 20 000 visiteurs, selon les projections évoquées par l’organisation, la plateforme pourrait constituer un espace important de mise en relation entre producteurs, consommateurs, investisseurs et entreprises.
Le secteur privé est également appelé à jouer un rôle dans cette dynamique. Pour les opérateurs miniers, les brasseries et les institutions financières, le Village de l’Entrepreneuriat peut représenter à la fois une plateforme commerciale et un espace de valorisation de leurs actions en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).
GÉNOCOST : quand la fête devient aussi un devoir de mémoire
Le FISAT 2026 entend par ailleurs donner une place importante à la mémoire et à la solidarité nationale avec l’axe GÉNOCOST.
Pour Malix Upit, cette dimension répond à une conviction : un festival culturel ne peut pas être uniquement un espace de divertissement.
« Un festival ne doit pas seulement être un lieu de divertissement ; il doit être le miroir de notre conscience collective. »
L’organisation considère l’intégration de GÉNOCOST comme un devoir de mémoire, de dignité et de solidarité envers les populations victimes des conflits dans l’Est de la République démocratique du Congo.
La jeunesse constitue, là encore, une cible prioritaire. Le message que les organisateurs souhaitent transmettre est celui de l’unité, du patriotisme et de la responsabilité.
Le FISAT entend ainsi utiliser la culture comme un outil de résilience, mais aussi comme une plateforme de sensibilisation et de solidarité.
Un festival appelé à dépasser les frontières du Lualaba
La question de la pérennité reste centrale. Comment transformer une édition prometteuse en un rendez-vous culturel durable ?
Malix Upit identifie plusieurs piliers.
Le premier est la professionnalisation de l’organisation, avec la volonté d’appliquer des standards internationaux en matière de production, de logistique et de partenariats.
Le deuxième repose sur l’ancrage institutionnel et communautaire, avec le soutien des autorités provinciales, des collectivités locales et des acteurs du développement.
Enfin, le troisième pilier est celui de l’originalité du contenu. Le FISAT veut réunir dans un même concept le patrimoine Tshokwe, Lunda, Ndembo, Luvale et d’autres expressions culturelles, la création urbaine contemporaine, ainsi qu’un véritable marché économique autour du Village de l’Entrepreneuriat.
Pour le président du comité d’organisation, cette combinaison constitue la principale singularité du projet.
« Le FISAT n’est pas un simple événement annuel ; c’est un mouvement culturel et un moteur d’attractivité pour le Lualaba et la République démocratique du Congo », affirme-t-il.
Une nouvelle image du Lualaba
À travers le FISAT 2026, Tu KASKEN Kanawa et ses partenaires Republik Ville et Ink Brother veulent donc défendre une vision plus large du développement du Lualaba : une province qui ne serait plus seulement associée à ses ressources minières, mais également à sa créativité, son patrimoine, son agriculture, sa jeunesse et son potentiel entrepreneurial.
Si les ambitions affichées se concrétisent, le festival pourrait devenir un espace de rencontre entre culture, économie, tourisme, entrepreneuriat et mémoire, tout en contribuant à faire de Kolwezi une destination culturelle de premier plan.
Le rendez-vous est désormais attendu pour mesurer la capacité du FISAT 2026 à transformer cette ambition en réalité et à inscrire durablement le Lualaba sur la carte des grands rendez-vous culturels de la RDC.
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