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Lualaba : Quand les ambitions politiques assassinent la fraternité de communauté [Chronique de Leppers Mbwamb-A-Mbwamb] 

Il est des victoires politiques qui ressemblent à des défaites humaines. Des combats que certains croient gagner au sommet, mais dont les populations paient le prix dans leurs foyers. Et des rivalités qui, à force de s’enraciner, finissent par transformer des frères en ennemis et des familles en champs de bataille.

Le Lualaba est-il en train de devenir l’otage silencieux des ambitions politiques de ses propres filles et fils ?

La question mérite d’être posée, sans complaisance, sans esprit partisan et sans chercher à ménager les susceptibilités de ceux qui, par leurs actes, leurs paroles ou leur silence, contribuent à l’enracinement de la méfiance au sein de notre communauté.

Car ce qui se joue aujourd’hui dépasse les querelles de positionnement, les calculs de pouvoir et les rivalités entre personnalités politiques. C’est le tissu social lui-même qui semble menacé lorsque les divergences politiques cessent d’opposer des idées pour dresser les êtres humains les uns contre les autres.

1. Le drame du Lualaba : des adversaires politiques, des ennemis jusque dans les familles

Il fut un temps où l’on pouvait soutenir des visions politiques différentes sans compromettre une amitié, sans rompre les liens familiaux et sans transformer un repas fraternel en tribunal politique.

Aujourd’hui, dans certains cercles, afficher sa préférence politique peut suffire à susciter la suspicion. Une opinion devient un motif de rejet. Une proximité avec telle personnalité est interprétée comme une déclaration de guerre contre telle autre. Une amitié autrefois sincère se retrouve soumise à l’épreuve des appartenances politiques.

Le plus douloureux est ailleurs : la politique ne se contente plus, dans ces situations, de diviser les camps. Elle s’infiltre dans les foyers, fragilise les couples, éloigne les frères et les sœurs, refroidit les amitiés et installe le soupçon là où devraient régner la confiance et la solidarité.

Des personnes qui partageaient hier les mêmes joies, les mêmes peines et les mêmes ambitions se regardent désormais en chiens de faïence. Elles se parlent avec prudence, se soupçonnent en silence et finissent parfois par se traiter en adversaires, non pour ce qu’elles ont fait, mais pour la personnalité politique qu’elles soutiennent.

Depuis quand le choix politique d’un citoyen devrait-il devenir une condamnation affective ? Depuis quand soutenir un leader signifie-t-il devoir rejeter son propre frère ?

Voilà la véritable tragédie : lorsque la politique détruit les relations humaines, elle cesse d’être un simple débat d’idées. Elle devient une force de désagrégation sociale.

2. Qui gagne réellement lorsque les fils et les filles du Lualaba se déchirent ?

C’est ici que commence la réflexion la plus inconfortable.

Pendant que les citoyens se soupçonnent, s’insultent et rompent leurs relations, les véritables enjeux de développement risquent de passer au second plan. Pendant que des amis se brouillent pour des personnalités politiques, les problèmes d’emploi, d’éducation, de santé, d’infrastructures et de justice sociale continuent de réclamer des réponses.

Pendant que des familles se divisent pour des rivalités qui ne sont pas les leurs, qui répare les dégâts ? Qui restaure la confiance ? Qui prend en charge les conséquences humaines de ces ruptures ?

Il faut oser poser la question : les citoyens qui se déchirent aujourd’hui récolteront-ils demain les fruits des batailles politiques qu’ils livrent les uns contre les autres ?

Les alliances politiques changent. Les intérêts évoluent. Les rapports de force se renversent. Ceux qui s’affrontaient hier peuvent se retrouver demain autour d’une même table, au gré des circonstances et des calculs politiques.

Mais les familles brisées ne se reconstituent pas toujours aussi facilement. Les paroles humiliantes ne s’effacent pas d’un claquement de doigts. Les amitiés sacrifiées sur l’autel des ambitions ne retrouvent pas nécessairement leur innocence.

Le paradoxe est cruel : les acteurs politiques peuvent changer de position sans perdre leurs privilèges, tandis que les citoyens ordinaires risquent de perdre leurs amis, leurs frères et parfois leur paix intérieure.

Il ne s’agit pas d’accuser indistinctement tous les responsables politiques. Il s’agit d’interroger les pratiques, les discours et les stratégies qui favorisent la polarisation, puis de demander à chacun de répondre de sa part de responsabilité.

Car aucune ambition politique ne devrait avoir le pouvoir de détruire la fraternité d’un peuple.

3. La politique est devenue, pour certains, un test de loyauté affective. Le danger ne réside pas dans le fait de soutenir un camp plutôt qu’un autre. Le pluralisme politique est normal, nécessaire et légitime.

Le danger apparaît lorsque l’appartenance politique devient une mesure de la valeur humaine.

Lorsque l’on juge un homme moins sur ses actes que sur ses fréquentations. Lorsque l’on soupçonne une femme parce qu’elle entretient une relation avec une personne politiquement opposée. Lorsque l’on exige d’un ami qu’il rompe avec un autre pour prouver sa fidélité. Lorsque l’on considère le dialogue avec l’adversaire comme une trahison.

À ce niveau, nous ne sommes plus dans la démocratie. Nous glissons vers une logique de camps, dans laquelle chacun est sommé de choisir entre sa liberté de conscience et ses relations humaines.

Or, une démocratie véritable ne demande pas aux citoyens de s’aimer politiquement. Elle leur garantit le droit de ne pas penser de la même manière sans cesser de se respecter.

La fidélité à une personnalité politique ne doit jamais exiger l’infidélité à sa propre famille, à son amitié ou à sa conscience.

Il faut donc réapprendre une distinction fondamentale : combattre une idée n’est pas combattre une personne ; critiquer un dirigeant n’est pas haïr ses partisans ; appartenir à l’opposition ne signifie pas être l’ennemi de sa province ; soutenir le pouvoir ne signifie pas renoncer à son esprit critique.

4. Le silence des responsables est-il encore tenable ?

Les leaders politiques du Lualaba, toutes sensibilités confondues, doivent comprendre que leur influence ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes qui les applaudissent, aux foules qu’ils mobilisent ou aux positions qu’ils occupent.

Elle se mesure aussi à leur capacité de préserver la paix sociale.

Un responsable politique qui constate que ses partisans insultent, humilient ou rejettent ceux qui ne partagent pas ses opinions ne peut pas éternellement se réfugier derrière l’argument selon lequel il n’est pas responsable de tout ce qui se dit en son nom.

Sans imputer à quiconque des faits qui ne seraient pas établis, il est légitime d’attendre de chaque leader des paroles de retenue, des gestes d’apaisement et une condamnation claire des comportements qui alimentent la haine.

La grandeur politique ne consiste pas à disposer d’une foule prête à combattre ses adversaires. Elle consiste à pouvoir dire à ses propres partisans : « Vous pouvez me soutenir sans haïr ceux qui ne me soutiennent pas. »

Voilà le courage politique dont le Lualaba a besoin.

Il faut également que les communicateurs, les militants, les influenceurs et les relais communautaires comprennent leur responsabilité. Une publication incendiaire peut prendre quelques secondes à écrire, mais ses conséquences peuvent durer des années. Une accusation non vérifiée peut ruiner une réputation. Une humiliation publique peut détruire une relation que plusieurs années avaient permis de construire.

La liberté d’expression est un droit. Elle ne dispense ni de la vérité ni de la responsabilité.

5. Que faire pour sortir le Lualaba de cette impasse ?

La réconciliation ne peut pas se limiter à appeler tout le monde à la paix. Elle doit s’appuyer sur une démarche concrète.

Première urgence : désarmer les discours.

Les responsables politiques doivent privilégier les débats de fond, condamner les attaques personnelles et refuser l’instrumentalisation de l’identité, des appartenances communautaires ou des liens familiaux. La critique doit porter sur les actes, les décisions et les résultats, plutôt que sur la dignité des personnes.

Deuxième urgence : reconstruire les ponts entre les citoyens.

Des espaces de dialogue réunissant les différentes sensibilités politiques, les jeunes, les associations, les autorités coutumières, les responsables religieux et les acteurs de la société civile pourraient contribuer à rétablir la confiance. Ces rencontres devraient déboucher sur des engagements précis, publics et suivis dans le temps.

Troisième urgence : sanctuariser la famille et l’amitié.

Il faut réhabiliter le droit de penser différemment au sein d’une même famille. Un frère doit pouvoir soutenir un camp et sa sœur un autre sans que leur affection soit mise en procès. Un couple doit pouvoir débattre de politique sans transformer chaque désaccord en épreuve de fidélité.

La famille ne doit pas devenir la première victime des ambitions extérieures.

Quatrième urgence : responsabiliser la jeunesse.

Les jeunes doivent refuser d’être les fantassins des guerres politiques des adultes. Leur énergie doit être consacrée à la formation, à l’entrepreneuriat, à l’innovation, à la citoyenneté et à la recherche de solutions aux problèmes de leur province.

La jeunesse du Lualaba doit apprendre à poser cette question à chaque discours politique : au-delà de l’émotion suscitée, quelle solution concrète apporte-t-il à nos problèmes ?

Cinquième urgence : remettre le développement au centre du débat.

Le Lualaba est une province au potentiel minier considérable. Son avenir ne devrait pas être confisqué par des querelles de personnes. La qualité des services publics, les possibilités d’emploi, la formation des jeunes, les infrastructures, la transparence dans la gestion des ressources et les retombées de l’activité minière devraient occuper une place centrale dans la compétition politique.

Que les acteurs politiques rivalisent sur les solutions, les résultats et la vision de l’avenir. Que les citoyens les évaluent sur leurs réalisations et leurs propositions, plutôt que sur leur capacité à discréditer leurs adversaires.

6. Le Lualaba avant les hommes, la fraternité avant les camps

Il faut rappeler une vérité que les passions politiques tendent parfois à faire oublier : aucun homme politique n’est éternel, aucune fonction n’est permanente et aucune majorité n’est garantie pour toujours.

Les postes passent. Les alliances se défont. Les rapports de force changent.

Mais une province demeure, avec ses enfants, ses familles, ses quartiers et ses générations futures.

Que restera-t-il de nos engagements si nous avons gagné des batailles politiques, mais perdu la capacité de nous asseoir ensemble ? Que vaudra notre victoire si elle nous laisse des familles divisées, des amitiés mortes et une jeunesse convaincue que la haine est le prix normal de l’engagement citoyen ?

Nous devons cesser de confondre la fidélité à un leader avec l’abandon de notre liberté de jugement. Nous devons cesser de considérer la modération comme une faiblesse et la réconciliation comme une capitulation.

On peut être politiquement opposés et humainement proches. On peut se contredire sans se détruire. On peut dénoncer une injustice sans déshumaniser celui que l’on tient pour responsable. On peut même se combattre démocratiquement dans les urnes et se retrouver fraternellement autour d’une table.

C’est cela, la maturité politique. C’est cela, la grandeur d’une communauté.

Conclusion : Qui réparera le Lualaba après les guerres politiques ? 

Le véritable drame du Lualaba ne serait pas seulement que ses filles et ses fils ne partagent plus les mêmes opinions politiques. Ce serait qu’ils en viennent à croire qu’ils ne peuvent plus partager le même destin.

Car une province peut survivre à des divergences politiques. Elle peut même en tirer profit lorsque celles-ci nourrissent le débat démocratique. Mais elle s’affaiblit dangereusement lorsque ces divergences deviennent des fractures sociales, lorsque la méfiance remplace la solidarité et lorsque les querelles des dirigeants contaminent les relations entre citoyens.

Il est encore temps de briser ce cercle.

Il appartient aux leaders de mesurer leurs paroles, aux militants de maîtriser leurs passions, aux familles de protéger leurs liens et à la jeunesse de refuser l’héritage de la haine.

Le Lualaba n’a pas besoin de fils et de filles qui se déchirent pour démontrer leur fidélité à des personnalités politiques. Il a besoin de citoyens capables de défendre leurs convictions sans sacrifier leur humanité.

Car le jour où les hommes politiques se réconcilieront, qui garantira que les frères qu’ils auront séparés se retrouveront ?

Qui rendra aux enfants la paix des familles ? Qui restituera aux amitiés leur confiance perdue ? Qui effacera les blessures causées par des querelles auxquelles les citoyens n’auraient jamais dû être condamnés à participer ?

Ces questions doivent nous interpeller tous.

Le moment est venu de remettre la politique à sa juste place : un moyen de servir la collectivité, et non un instrument de destruction de ses liens les plus précieux.

Que les ambitions passent, mais que le Lualaba demeure. Que les divergences subsistent, mais que la fraternité résiste. Que les batailles politiques se poursuivent, mais que nos familles ne soient plus leurs champs de bataille.

Le Lualaba doit sortir du silence, non pour choisir un camp contre un autre, mais pour réclamer une exigence supérieure : celle d’une politique qui rassemble, d’un leadership qui apaise et d’une citoyenneté qui refuse de sacrifier l’humain au nom du pouvoir.

Le Lualaba n’est la propriété d’aucun camp. Il est l’héritage commun de tous ses enfants et la responsabilité de toutes les générations.

Leppers Mbwamb-A-Mbwamb, 

Chroniqueur citoyen

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