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RDC : Quand l’ostentation des faux-vrais millionnaires du Katanga attire les regards de Kinshasa [chronique citoyenne de Leppers Mbwamb]

Il est des richesses qui contribuent au développement d’une nation et d’autres qui, par leur exhibition excessive, finissent par attirer l’attention des autorités. Dans l’espace katangais, notamment autour de l’exploitation minière artisanale, l’ostentation de certains jeunes présentés comme de nouveaux millionnaires suscite de nombreuses interrogations.

Des liasses de dollars exhibées en public, des billets distribués ou jetés à profusion lors de concerts avec des artistes venus de Kinshasa : la richesse devient un spectacle et la réussite un concours d’extravagance. Mais à force de vouloir démontrer sa puissance financière, on finit parfois par susciter des questions sur l’origine, la traçabilité et la légalité de ses ressources.

De l’ostentation à la vigilance des institutions

L’exploitation minière artisanale constitue une source de revenus essentielle pour des milliers de familles du Katanga. Toutefois, lorsque des fortunes considérables sont affichées sans que leur provenance soit clairement établie, une question s’impose : comment ces richesses sont-elles constituées et dans quelle mesure respectent-elles les obligations légales ?

Il serait injuste de considérer tout jeune opérateur minier comme un fraudeur. La réussite économique n’est pas un crime. Cependant, dans un secteur aussi stratégique, la transparence n’est pas une option.

L’exposition ostentatoire de certaines fortunes peut légitimement attirer l’attention des institutions sur les circuits de commercialisation des minerais, les mécanismes financiers et les obligations fiscales des différents acteurs.

Ne pas faire payer les creuseurs pour les dérives des intermédiaires

Le véritable risque serait que les conséquences d’un éventuel assainissement du secteur retombent sur les creuseurs artisanaux, souvent confrontés à des conditions de travail difficiles.

Si des irrégularités sont établies, les responsabilités doivent être recherchées à tous les niveaux : intermédiaires, négociants, financiers et autres opérateurs concernés. Il ne faut surtout pas confondre celui qui descend dans le puits au péril de sa vie avec celui qui organise les circuits commerciaux et financiers autour de son travail.

L’assainissement du secteur doit donc reposer sur des preuves, la justice et l’équité, sans fragiliser davantage les populations qui vivent de cette activité.

La richesse doit aussi profiter au Katanga

Le problème n’est pas qu’un jeune Katangais devienne millionnaire. La véritable interrogation concerne l’utilisation de ces fortunes et leur contribution au développement local.

Combien de ces nouveaux millionnaires investissent dans les écoles, les entreprises, la création d’emplois ou l’amélioration des conditions de travail des creuseurs ?

Le Katanga dispose d’importantes ressources naturelles, mais son véritable défi reste leur transformation en prospérité collective. Les dollars jetés dans une salle de concert peuvent impressionner pendant quelques minutes ; les investissements productifs, eux, peuvent transformer durablement une communauté.

Les partenaires commerciaux, notamment chinois, doivent également privilégier des relations transparentes, fondées sur des contrats fiables, des engagements vérifiables et le respect des règles.

Pour un assainissement responsable du secteur minier

Les autorités nationales ont la responsabilité de renforcer la traçabilité des minerais, de contrôler les flux financiers, de lutter contre les pratiques illicites et de protéger les travailleurs artisanaux.

Il ne doit s’agir ni d’une chasse aux jeunes enrichis ni d’une opération punitive contre les communautés minières, mais d’un véritable effort de mise en conformité et de responsabilisation de tous les acteurs.

La véritable richesse ne se mesure pas aux liasses exhibées

Le Katanga a-t-il besoin de millionnaires qui impressionnent les foules ou d’entrepreneurs qui contribuent réellement à sa transformation ?

La réussite mérite d’être encouragée, mais elle doit s’accompagner de responsabilité. L’argent peut acheter des applaudissements, attirer des artistes et financer des spectacles. Il ne garantit ni la légitimité d’une fortune ni le développement d’une province.

Le Katanga a besoin d’entrepreneurs responsables, de creuseurs protégés, de partenaires transparents et d’institutions impartiales. Car la véritable richesse d’une province ne se mesure pas aux billets jetés dans une salle de concert, mais à la dignité de sa population et à la solidité de son avenir.

Leppers Mbwamb

Chronique citoyenne — Pour un Katanga responsable, prospère et solidaire.

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