Dans les rues des grandes villes de la République démocratique du Congo, les motos-taxis sont devenues difficiles à manquer. À Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Bukavu ou Kisangani, elles se faufilent entre les voitures, desservent les quartiers mal connectés et permettent à des milliers de personnes de se déplacer rapidement au quotidien.
Pour de nombreux jeunes confrontés au chômage et au manque d’opportunités professionnelles, le métier de conducteur de moto-taxi constitue surtout un moyen de gagner sa vie. Certains possèdent leur propre engin, tandis que d’autres travaillent avec des motos louées auprès de propriétaires, moyennant un versement quotidien.
Un secteur qui fait vivre bien plus que les conducteurs
L’activité ne profite pas uniquement aux motocyclistes. Tout un réseau économique s’est développé autour des motos-taxis. Mécaniciens, vendeurs de pièces de rechange, réparateurs de pneus, stations-service et petits commerces tirent également leurs revenus de cette activité devenue incontournable dans plusieurs centres urbains.
Dans un contexte économique marqué par la précarité de l’emploi, les motos-taxis jouent donc un rôle important dans l’économie informelle. Elles permettent à de nombreux ménages de disposer d’une source de revenus, même si les conditions de travail restent souvent difficiles.
Des risques qui restent préoccupants
Cette croissance rapide du secteur n’est cependant pas sans conséquences. Les accidents de circulation impliquant des motos constituent une préoccupation majeure dans plusieurs villes.
Le non-respect du Code de la route, les excès de vitesse, le manque de formation de certains conducteurs, le non-port du casque ou encore la surcharge des engins figurent parmi les comportements régulièrement dénoncés.
À ces problèmes s’ajoutent les difficultés liées à l’identification des conducteurs, à l’immatriculation des motos et au contrôle de l’activité. Dans certaines zones, l’absence d’un encadrement suffisamment efficace rend difficile le suivi du secteur par les autorités.
Rapides, accessibles… mais pas toujours rassurantes
Pour les passagers, le principal avantage reste la rapidité. Les motos peuvent emprunter des axes difficiles d’accès aux autres moyens de transport et contourner plus facilement les embouteillages.
Cette souplesse explique leur popularité, notamment dans les villes où les infrastructures routières sont insuffisantes ou fortement congestionnées.
Mais cette praticité a un coût. Certains usagers reconnaissent utiliser régulièrement les motos-taxis tout en se disant préoccupés par les risques d’accident. Le comportement de certains conducteurs et l’absence d’équipements de protection renforcent ces inquiétudes.
Professionnaliser le métier
Pour que le secteur puisse continuer à créer des emplois tout en réduisant les risques, plusieurs pistes sont avancées : renforcer la formation des conducteurs, améliorer le contrôle des motos, faciliter leur identification et faire respecter davantage les règles de circulation.
Le port du casque et des autres équipements de protection devrait également être davantage encouragé et contrôlé. Un dialogue régulier entre les autorités, les associations de motocyclistes et les différents acteurs du secteur pourrait aussi permettre de mieux définir les règles applicables à cette profession.
Trouver le juste équilibre
Les motos-taxis occupent désormais une place importante dans la mobilité urbaine en RDC. Elles répondent à un besoin réel de transport et constituent une source de revenus pour des milliers de personnes, directement ou indirectement.
La question n’est donc plus seulement de savoir s’il faut maintenir ou limiter leur présence dans les villes. Le véritable enjeu est de parvenir à organiser et professionnaliser le secteur sans fragiliser les emplois qu’il génère.
Entre nécessité économique, mobilité et sécurité routière, la RDC devra trouver cet équilibre pour permettre aux motos-taxis de jouer pleinement leur rôle dans les villes, tout en protégeant davantage conducteurs et passagers.
Naomie Maïj


