Tribune : Les effets de l’inflation en RDC, une mise à jour budgétaire s’impose! (Alex Ba Matembera)

Ne feignons pas d’être surpris à la caisse de voir que la bière, les céréales, les protéines animales et végétales, le transport, le carburant, les fruits et légumes et bien d’autres biens connaissent une majoration relative de prix. Ne déchargeons surtout pas notre colère sur le chauffeur de taxi, ni sur l’épicier. La crise est d’ordre structurel, voire systémique. Tous les modestes opérateurs économiques subissent l’onde de choc d’une inflation qui n’épargne aucun pays et qui n’a pas encore fini de faire des ravages. Stratégiquemeent, nous devrions nous replier sur la consommation des produits du terroir et éviter d’acheter des biens non-essentiels qui proviennent de l’extérieur du pays. Les États et les consommateurs avisés réduisent les dépenses et s’endettent moins pour éviter de payer des taux d’intérêts usuraires.

Le Trésor public de la RDC pourrait engranger plus de revenus en provenance des taxes. Car, plus le prix des biens monte, plus les recettes prélevées en taxe augmentent. C’est pourquoi, il est recommandé de lutter contre la contrebande et le commerce informel pour optimiser les taxes dûes à l’Etat.

Un gouvernement pro-socialiste mettra en place des mesures de soutien aux familles à faible revenu en subventionnant certains biens essentiels afin de limiter les crises sociales. À titre comparatif, en RDC, l’inflation a atteint de record qui donne du fil à retordre aux tenants du pouvoir. Certains biens coûtent 150% de leur valeur marchande d’avant la pandémie. En Occident, en général, la hausse oscille autour de 35%.

Quand on parle de l’inflation, on évoque évidemment la perte du pouvoir d’achat des consommateurs qui se caractérise par une flambée du prix des biens. À titre de prévoyance, des avis ont été annoncés dès le début de la première vague de la crise sanitaire. La pandémie est responsable de la fermeture de beaucoup de manufactures dans le monde. On craignait un ralentissement économique au niveau mondial et ses répercussions significatives dans chaque pays. Les mesures de confinement ont eu un impact sur tous les secteurs économiques en réduisant considérablement la capacité de productivité.

Des mesures efficaces pour contrer la pénurie des biens essentiels et stratégiques ont été dissipées pour se concentrer sur la lutte contre la crise sanitaire mondiale. Les ruptures de stock sont aggravées par un ralentissement des chaînes d’approvisionnement au niveau mondial et par une pénurie de la main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée.

À ce moment-ci, la rareté des matières premières, des produits semi-finis et de la main-d’œuvre empêche que les usines fonctionnent à plein régime. La RDC n’a pas un secteur économique développé qui transforme des biens pour le marché local, ni pour le commerce extérieur. Elle est essentiellement dépendante des rentes des matières premières vendues dans les cours des marchés mondiaux par des intermédiaires négociants.

Nous sommes en pleine quatrième vague de cette pandémie. Quoique des vaccins soient disponibles et ont démontré indéniablement leur efficacité, dans les pays où des biens sont fabriqués la relance économique connaît encore un goulot d’étranglement qui laisse planer l’incertitude. Les chaînes de fabrication et d’approvisionnement ont du mal à fonctionner à leur pleine capacité pour répondre à la demande à cause d’une rupture de stock des biens et une pénurie de la main-d’œuvre qualifiée.

Pour certains produits stratégiques, les matières premières se font rares. Soit, on les trouve dans les zones où l’insécurité pose un problème d’accès. Soit, l’exploitation est artisanale et la main d’œuvre est moins abondante. Et que dire des effets de la guerre commerciale ouverte entre le bloc capitaliste néolibéral et le bloc socialiste dit communiste?

En RDC, on observe une hausse inquiétante du prix du carburant à la pompe et des autres biens. Il s’ensuit des revendications des fournisseurs de services qui subissent une perte de profit et une diminution de revenu. Le coût du transport des biens et des personnes commence à être majoré afin de s’ajuster au plafonnement du coût du carburant pour essayer de maintenir la marge bénéficiaire.

Il faut se dire que tous les produits d’importation en forte demande vont par ricochet subir l’ajustement de prix vers le haut. Effectivement, c’est ce qui explique la flambée du prix des marchandises alors que les salaires restent stables et la monnaie locale perd sa valeur sur le marché de change par rapport aux devises refuges. Quels sont les léviers de la BCC pour contrer une dégringolade du Franc congolais face aux devises étrangères? Récourir aux réseves de changes et aux créanciers extérieurs ne peuvent pas avoir un impact significatif pour juguler l’inflation si on fait des interventions cosmétiques.

Dans ce cas précis, le trio (le gouverneur de la BCC, les ministres de l’économie et des finances) ont la responsabilité d’État de faire une mise à jour budgétaire (économique) axée sur la promotion du social et la préservation des secteurs économiques stratégiques où l’on possède un avantage concurrentiel. L’énoncé économique est un exercice qui est fortement recommandé par toutes les institutions financières mondiales afin d’ajuster les finances publiques par rapport aux urgences qui affectent les finances de l’État.

La gestion de la Covid constitue un test éloquent pour évaluer le processus de régulation mentale et décisionnel de nos décideurs. Presque tous les pays sont frappés par cette inflation économique sans avoir le même niveau de résilience, ni de capacité de riposte. Les pays riches ont des économies diversifiées et à forte valeur ajoutée. Ils ont accumulé suffisamment de capitaux et leurs industries sont capables de résorber les effets de l’inflation. Leurs économies sont majoritairement introverties car elles sont reposées sur le pouvoir financier (d’achat) d’une classe moyenne et d’une haute classe consommatrices des biens marchands.

Pour la RDC, l’intelligence économique congolaise (si nous en avons une) doit repenser une politique de relance économique sans brader les ressources stratégiques. Nous devrions miser sur la transformation des matières premières localement afin de leur donner une plus-value. C’est une voie pour nous garantir un avantage concurrentiel pour contrer les effets d’une inflation sur nos populations et notre économie.

Nous devrions nous doter d’une loi des affaires qui impose tout exploitant de nos ressources de signer un contrat (une charte) d’industrialisation pour la transformation de nos matières premières localement. Le Ghana et d’autres pays ont ce genre de politique qui crée des emplois à forte valeur ajoutée. Cette charte serait l’unique voie de sauvetage légale pour engager et impliquer les exploitants de nos ressources dans l’industrialisation de notre pays. Elle aurait l’avantage de nous débarrasser des négociants dont nous ignorons le casier judiciaire et les intentions malveillantes.

Ce genre de contrat d’affaires lié par une charte intéresserait des investisseurs bien intentionnés. La RDC devrait suivre les pas des pays qui ont les soucis de baisser leur niveau de chômage en luttant d’abord contre l’économie informelle et en requalifiant sa main-d’œuvre pour la rendre plus professionnelle et apte à parer à toute éventualité. La mobilité de la main-d’œuvre est un atout mais, il est préférable de la structurer et de la mutualiser. Nous ne devrions pas imiter les états qui ont l’option de donner des prestations d’urgence aux travailleurs en cas de fermeture d’usines et aux PME afin de booster l’activité économique.

En attendant, le gouvernement doit éduquer la population à consommer le plus de biens produits localement d’abord. La consommation locale est une réponse efficace contre l’inflation. Cette perte du pouvoir d’achat s’accompagne par une hausse du prix des biens essentiels et du coût de la vie sans que les revenus suivent. Les États responsables ne se gênent pas de créer des programmes de soutien financier compensatoire aux familles dans le besoin pour garantir un pouvoir d’achat qui s’arrime avec le coût de la vie. Avons-nous les moyens d’une telle politique sociale? Il est prouvé qu’une telle mesure peut aggraver aussi les effets de l’inflation si la population active n’est pas impliquée dans la production des biens. La RDC doit se référer et s’inspirer aux modèles économiques qui ont donné des résultats. Elle n’a plus droit à l’erreur, ni à la procrastination, ni au laxisme, ni à l’hésitation, ni au tâtonnement.

Alex Ba Matembera, Éditorialiste

https://www.echoducongo.com/

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