L’association Voix de la Presse tire la sonnette d’alarme face à la multiplication des arrestations, interpellations et autres atteintes à la sécurité des journalistes en République démocratique du Congo. Préoccupée par cette situation, l’organisation appelle les autorités à garantir la protection des professionnels des médias et à préserver le droit des citoyens à une information libre et indépendante.
La liberté de la presse en République démocratique du Congo suscite de nouvelles inquiétudes. Dans une déclaration, l’association Voix de la Presse dénonce la multiplication des cas d’arrestations, d’interpellations et d’autres formes d’atteintes aux droits des professionnels des médias.
L’organisation évoque notamment les affaires concernant Espoir Botumba, Virginie Manganga et Prisca Kilunga, ainsi que les inquiétudes rapportées autour de la situation de Danny Ngubaa. Pour Voix de la Presse, ces différents cas témoignent d’un climat préoccupant pour l’exercice du journalisme dans le pays.
Cette alerte intervient dans un contexte marqué par le recul de la RDC dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF). Le pays, qui occupait la 123ᵉ place en 2024, se retrouve à la 130ᵉ position selon les chiffres cités par l’association.
La liberté de la presse ne doit pas être une liberté de façade
Face à cette situation, Voix de la Presse met en garde contre toute tentative d’intimidation ou de dissuasion visant les journalistes dans l’exercice de leurs fonctions.
Pour l’organisation, la liberté de la presse ne peut se limiter à un principe inscrit dans les textes. Elle doit se traduire concrètement par la possibilité, pour les professionnels des médias, de traiter les questions d’intérêt public sans craindre des arrestations arbitraires, des menaces ou des représailles.
Au-delà de la situation des journalistes concernés, l’association rappelle que les atteintes à la liberté de la presse affectent également le droit des citoyens à être informés. Lorsque les professionnels des médias ne peuvent plus exercer leur métier sereinement, c’est aussi la transparence de la gestion publique et la participation citoyenne qui risquent d’en pâtir.
La loi sur la presse rappelée aux autorités
Dans sa déclaration, Voix de la Presse s’appuie sur l’Ordonnance-loi n° 23/009 du 13 mars 2023, qui fixe les modalités d’exercice de la liberté de la presse, du droit à l’information et de la diffusion par la radio, la télévision, la presse écrite ou tout autre moyen de communication en République démocratique du Congo.
L’association rappelle particulièrement les articles 4 et 5, qu’elle invoque pour souligner le droit d’informer et d’être informé, ainsi que le principe selon lequel la liberté d’exercice des médias constitue la règle et l’interdiction l’exception.
Dans cette perspective, elle estime que la justice ne doit pas devenir un instrument d’intimidation ni servir à entraver le traitement journalistique des questions d’intérêt général.
L’organisation tient toutefois à préciser que la liberté de la presse ne dispense pas les journalistes du respect des lois, de l’éthique et de la déontologie professionnelles. Elle appelle ainsi les professionnels des médias à faire preuve de responsabilité et de rigueur afin d’éviter les fautes susceptibles d’engager leur responsabilité.
Sept recommandations pour protéger les journalistes
Pour faire face à cette situation, Voix de la Presse formule une série de recommandations à l’endroit des autorités, des médias et des organisations de défense des droits humains.
L’association exige d’abord le respect des droits fondamentaux des journalistes interpellés ou détenus. Pour ceux qui sont poursuivis pour des actes liés à l’exercice de leur profession, elle réclame leur libération pure et simple, estimant que leurs dossiers doivent être traités par les instances habilitées.
Elle appelle également les autorités judiciaires et sécuritaires à mettre fin aux pratiques d’intimidation et à garantir la sécurité des professionnels des médias, quels que soient les sujets qu’ils abordent.
À l’endroit des pouvoirs publics, l’organisation recommande de privilégier les voies de droit, notamment le droit de réponse et de rectification, ainsi que les recours judiciaires appropriés. Elle évoque également le rôle du tribunal des pairs de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) dans le traitement des questions relevant de la déontologie journalistique.
Voix de la Presse invite, par ailleurs, les médias et les organisations professionnelles à renforcer leur solidarité et à documenter systématiquement les violations des droits des journalistes.
Elle insiste aussi sur la nécessité de garantir la sécurité des professionnels travaillant dans les zones de conflit ou sur des sujets sensibles. Toute menace, agression ou violence à leur encontre devrait, selon elle, faire l’objet d’une enquête sérieuse et, le cas échéant, de poursuites conformément à la loi.
Enfin, l’association sollicite l’implication des institutions nationales et internationales de défense des droits humains, ainsi que des organisations de la société civile, pour assurer un suivi régulier des atteintes à la liberté de la presse et contribuer aux initiatives de prévention et de plaidoyer.
« Défendre les journalistes, c’est défendre le droit du public à l’information »
À travers cette prise de position, Voix de la Presse entend replacer la question de la sécurité des journalistes au cœur du débat sur l’état de la démocratie en RDC.
L’association réaffirme sa volonté de défendre les professionnels des médias, qu’elle considère comme des acteurs essentiels de l’information citoyenne et de la transparence de la gestion publique.
Elle rappelle que la liberté de la presse n’est ni un privilège accordé aux journalistes ni une faveur consentie par les pouvoirs publics. Elle constitue une garantie démocratique fondamentale, indispensable à la circulation des informations, au contrôle citoyen et à la participation de la population à la vie publique.
Regroupant des professionnels des médias congolais, Voix de la Presse se donne pour mission de défendre les droits des journalistes, de promouvoir l’excellence professionnelle et de contribuer à la réflexion sur l’avenir du métier en République démocratique du Congo.
Pour l’organisation, l’enjeu dépasse donc le sort individuel des journalistes concernés : il s’agit de préserver un espace médiatique dans lequel l’information peut être produite et diffusée dans le respect de la loi, de l’éthique et des libertés fondamentales.
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