Quatre épisodes institutionnels controversés, douze partis politiques suspendus et la dissolution du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Dans une déclaration commune, quatorze cadres de cette formation politique dressent un réquisitoire sévère contre la gouvernance du président Félix-Antoine Tshisekedi, qu’ils accusent de favoriser une dérive autoritaire en République démocratique du Congo.
Parmi les signataires figurent notamment l’ancienne sénatrice Francine Muyumba et l’ancien ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, Henri Mova Sakanyi, également connu comme ancien secrétaire général du PPRD. Les signataires dénoncent ce qu’ils qualifient de « coup d’État permanent » depuis 2019 et estiment que les institutions de la République subissent progressivement une instrumentalisation politique.
Dans leur déclaration, les quatorze cadres identifient quatre épisodes qu’ils considèrent comme des ruptures institutionnelles majeures. Ils évoquent d’abord les nominations contestées à la Cour constitutionnelle en 2020, avant de revenir sur le changement de majorité parlementaire intervenu sans organisation de nouvelles élections législatives.
Le troisième épisode concerne les élections générales de décembre 2023. Les signataires dénoncent un processus électoral qui, selon eux, a été marqué par des prolongations inhabituelles du scrutin et de graves irrégularités, remettant en question la crédibilité de certaines opérations électorales.
Le quatrième point de leur inquiétude porte sur les perspectives d’une éventuelle révision constitutionnelle. Ils redoutent qu’une telle initiative puisse ouvrir la voie à une remise en cause de la limitation des mandats présidentiels et, par conséquent, favoriser une présidence prolongée au-delà des garanties constitutionnelles actuelles.
La dissolution du PPRD, un précédent inquiétant
Pour ces responsables politiques, la dissolution du PPRD ne constitue pas un événement isolé, mais s’inscrit dans une dynamique plus large de restriction de l’espace politique. Ils y voient les signes d’une « privatisation de l’État », d’une instrumentalisation de la justice et d’une « mort lente mais sûre de la République ».
Leur inquiétude dépasse ainsi le sort de leur propre formation politique. À travers la question « Aujourd’hui, c’est le PPRD. Demain, à qui le tour ? », les signataires cherchent à attirer l’attention sur les conséquences possibles de telles mesures pour le pluralisme politique et les libertés démocratiques.
La communauté internationale interpellée
Dans leur déclaration, les quatorze cadres interpellent directement les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la SADC ainsi que les partenaires internationaux de la RDC.
Ils les invitent à suivre de près l’évolution de la situation politique congolaise, notamment au regard des libertés publiques, de la compétition politique et des conditions d’organisation des élections de 2028.
À travers cette sortie, les signataires entendent placer la question du respect des institutions et du pluralisme démocratique au centre du débat national. Reste à savoir quelle sera la réponse des autorités face à ces accusations et quelles garanties seront apportées pour préserver un environnement politique ouvert et compétitif à l’approche des prochaines échéances électorales.
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