Tribune : Le siège du ‘No man’s land’, le mérite de Félix (Alex Ba Matembera)

Depuis plus de trois décennies, la société civile congolaise et certaines organisations internationales ont fustigé des lacunes d’effectivité de l’autorité de l’Etat sans que le pouvoir régalien décide de se déployer pour assumer ses responsabilités dans les zones insécurisées de l’Est du pays qui s’était progressivement transformées en « far East ». Une vraie jungle qui refusait de se soumettre à l’autorité.

Les causes sont multiples : la recherche des nouvelles terres, le contrôle des ressources, le boom démographique, la paupérisation généralisée, une armée destructurée, le manque de volonté politique, etc. Entre congolais conscients du glissement dans ces zones de conflit, le constat était très amer et le morale touchait le bas fond. La possibilité d’affronter les visages des fossoyeurs du « far east »n’était pas envisageable dans un court terme. Une portion du territoire congolais devenait indéniablement, de facto, une chasse-gardée à la merci d’un large réseau d’aventuriers, de la pègre noire et des mercenaires véreux, sans « coeur », ni compassion.

Tout est documenté dans des rapports des ONG œuvrant en faveur de droits humains. Les acteurs sont connus. Les filières opéraient au vu et au su de tout le monde. Ces mercenaires à la solde des firmes multinationales seraient impliqués directement ou indirectement pour avoir accès facile aux ressources stratégiques. Toutes les analyses convergent vers le stratagème consistant à alimenter une situation de confusion, de distraction et de diversion. Tantôt des éclosions d’Ebola, tantôt des mutineries, tantôt des assassinats ciblés, tantôt des massacres, tantôt des rebellions fabriquées et improvisées constituaient des scénarios pour fragiliser les structures de l’Etat. Une situation complexe qui donnait du fil à retordre à l’intelligence congolaise en mal de comprendre le sociogramme des acteurs.

La population, la société civile, les ONG l’ont fustigé sur toutes les tribunes, en vain. Kinshasa ne bronchait pas. Toute initiative était découragée. Les dénonciations étaient vilipendées sur la place publique. Les dénonciateurs étaient traités de démagogues et de populistes. Cette tactique serait toujours d’actualité, même en temps d’état de siège.

Des officiers des FARDC en faisaient une autre lecture d’impertinence opérationnelle non prioritaire. Tous les alibis justifiaient l’inaction pour consommer le factuel. Tantôt des groupes armés, tantôt des agents de la Monusco, tantôt la complicité des unités des FARDC, tantôt des intégristes musulmans. Des médias au service de la partition de la RDC maintenaient une confusion et entretenaient un flou qui nous laissaient pantois. Le congolais n’avait plus confiance en lui. Il vivait constamment dans un climat de terreur.

Le processus de balkanisation tant décrié, n’était plus un mythe, ni un chimère car il était dans sa phase de maturation et d’effectivité. Il suffisait d’inter-connecter ces groupes armés pour de facto prendre acte de la naissance d’un nouvel État. Ce dernier allait consommer unilatéralement son autonomie et son indépendance.

À l’international, des officines des lobbies gardent dans leurs tiroirs des plans de la partition de la RDC. Ces Think-tanks connaissent les failles organisationnelles de la RDC. Ils peuvent faire sauter la soupape sécuritaire en exerçant une pression indue sur nos dirigeants.

Depuis le débarquement des FARDC dans les provinces en état de siège, sous l’impulsion de son initiateur, le président Félix Tshisekedi, la lecture a changé. Notre armée ne peut que prendre acte de l’ampleur de la tâche, de la complicité dans la chaîne de commandement, des effets négatifs de la procrastination organisationnelle, du déficit patriotique, d’une crise morale profonde, du manque de leadership et du déficit de processus décisionnel efficient.

Les dégâts sont énormes. Si la RDC doit se relever, il faudra refonder de nouvelles bases en recyclant tous les mandataires et dignitaires de l’Etat en Éthique et gouvernance d’abord. Ne jetons pas l’opprobre sur l’Église catholique. Elle demeure une lanterne qui éclaire nos consciences et nos intelligences. Nos évêques et nos religieux ont subi des humiliations pour avoir pris la défense des gens vulnérables et d’avoir dénoncé les atrocités.

Quand Mgr Sikuli Paluku de Beni-Butembo, en éclaireur et en berger du peuple alertait l’opinion nationale et internationale sur le projet de balkanisation de la RDC, certains politiciens et certaines organisations avaient monté sur le créneau pour vilipender son activisme politique en tant prélat. Certains avaient critiqué et proféré des menaces contre les sorties médiatiques de ce brave évêque. Il aura eu raison.

Chaque semaine, des groupes armés déposent des armes. Des complices et des incompétences dans notre armée ont été débusqués. Parions que le cancer de l’insécurité a des métastases invisibles et ce n’est pas demain la veille que notre armée va remettre le pouvoir administratif dans les mains des civiles. Cette mesure d’état de siège risque de s’allonger dans le temps. Le pragmatisme politique devrait nous éviter des querelles intestines inutiles. Devant un ennemi commun, nous nous devons d’être très soudés. Au grand maux, des grands remèdes.

Alex Ba Matembera, Éditorialiste

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